La préparation du sommet social du 15 février à l’Élysée constituera l’un des morceaux de choix de la réunion des syndicats lundi, la semaine étant aussi marquée par une mobilisation gouvernementale pour les handicapés et les statistiques de l’emploi salarié vendredi.
La réunion des syndicats, au siège de la CGT, sera la première depuis trois mois, mais ils ne seront pas représentés par leur numéro un respectif.
FO sera absente car elle "considère qu’il appartiendra à chaque organisation d’affirmer ses positions" face au chef de l’État. [1]
Seront donc autour de la table, outre la CGT qui a pris l’initiative de cette concertation, les syndicats CFDT, CFE-CGC, FSU, Unsa (autonomes) et Solidaires.
Mécontente d’avoir été "mise devant le fait accompli", la CFTC se bornera à envoyer un observateur.
L’objectif, selon François Chérèque [2] (CFDT), est d’"essayer de parler d’une seule voix au sommet social", au cours duquel doit être arrêté le calendrier, assorti d’une méthode de travail, des chantiers sociaux de l’année.
Alors que les déclarations officielles se multiplient sur les retraites, les syndicats veulent centrer ce sommet sur les solutions à la crise qui, répètent-ils à l’envi, "n’est pas finie".
Entre eux, puis à l’Elysée, ils parleront donc d’abord emploi et pouvoir d’achat, alors qu’on assiste à une reprise des conflits locaux sur ces deux fronts.
Jugeant que la situation "se dégrade", Bernard Thibault (CGT) propose de travailler "à la réalisation d’une mobilisation unitaire interprofessionnelle, début mars", mais cette idée a peu de chances de faire l’unanimité.
Lors de leur réunion commune, les syndicats devraient se mettre d’accord pour signifier à Nicolas Sarkozy qu’il est hors de question de faire passer une nouvelle réforme des retraites dans la précipitation et sans "débat national".
Or, selon Le Figaro de samedi se fondant sur "plusieurs sources" non citées, Nicolas Sarkozy souhaite arbitrer sur la réforme des retraites dès juin en faisant voter une loi courant juillet qui combinerait allongement de la durée de cotisation et report de l’âge légal de la retraite.
Mercredi, le ministre du Travail Xavier Darcos présentera un plan pour l’emploi des personnes sourdes ou malentendantes, tandis qu’un comité interministériel du handicap doit être installé dans la semaine, sous la responsabilité du Premier ministre.
Jeudi, le Conseil national de la fonction publique examinera le décret controversé sur la mobilité des fonctionnaires, qui les expose à un licenciement en cas de refus répétés d’offres d’emplois en remplacement de postes perdus.
Une intersyndicale spécifique aux fonctionnaires devrait se réunir sur ce thème, mais la date n’est pas encore fixée, alors que les syndicats craignent que ce texte devienne "une machine à licencier".
Le même jour, les quelque 2.400 salariés de Sofinco, filiale de crédit à la consommation du groupe Crédit Agricole sont appelés à faire grève pour défendre une hausse des salaires sur fond de bons résultats et de bonus distribués à une partie des cadres.
Vendredi, le ministère de l’Emploi publiera les statistiques provisoires des effectifs salariés en 2009, qui devraient montrer d’importantes destructions d’emploi encore au dernier trimestre.
La tendance reste orientée à la baisse en 2010, quoique dans des proportions moindres.
Egalement vendredi, patronat et syndicats doivent se retrouver pour débattre des mesures d’urgence à prendre pour l’emploi, mais la question des chômeurs en fin de droits, jugée plus urgente par les syndicats, devrait être traitée à la place du renforcement de la mobilité des salariés.
Les partenaires sociaux espèrent en sortir avec des positions communes avant la réunion de lundi à l’Elysée.
[1] Déclaration du Bureau Confédéral
La sortie de récession n’est pas la sortie de crise qui nécessite une révision forte des politiques économiques et sociales au niveau national, européen et international.
Dans ce cadre, les revendications et attentes des salariés actifs, chômeurs et retraités demeurent. C’est notamment le cas en matière de salaires et d’emploi, ce que ne cesse de mettre en avant FORCE OUVRIERE.
Aujourd’hui, avec la volonté affichée par les pouvoirs publics de réduire drastiquement les dépenses publiques et sociales, ce sont la solidarité et l’égalité de droit qui sont menacées, la république sociale qui est fragilisée. C’est pourquoi FORCE OUVRIERE revendique un moratoire sur la révision générale des politiques publiques.
C’est aussi pourquoi FORCE OUVRIERE a réaffirmé ses revendications en matière de retraites et son refus de repousser l’âge du droit à la retraite ou d’allonger la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une retraite à taux plein.
FORCE OUVRIERE considère qu’il appartiendra à chaque organisation d’affirmer ses positions le 15 février lors de la rencontre dite de l’agenda social. La perspective de manifestation début mars, en période électorale, excluant les retraites, vise à privilégier le contenant au contenu. Tenant compte de ce point de vue des expériences de 2003, 2008 et 2009, le bureau confédéral décide de ne pas participer à la réunion dite intersyndicale qui pourrait se tenir le 8 février 2010.
Comme annoncé, FORCE OUVRIERE entame des contacts bilatéraux avec les autres confédérations syndicales pour comparer et confronter les analyses et positions sur ce dossier essentiel et prioritaire des retraites. A l’issue de ces rencontres, la question de l’unité d’action, pour laquelle FORCE OUVRIERE marque sa détermination, devra être posée sur des revendications et modalités d’action claires et partagées.
FORCE OUVRIERE prendra à cet égard toutes ses responsabilités.
Pour le bureau confédéral de FORCE OUVRIERE, si les travailleurs attendent des syndicats qu’ils puissent unir leurs forces pour être plus efficaces, cela nécessite des échanges préalables et loyaux, seuls à même de pouvoir mettre en avant des positions claires.
[2] Chérèque
Jean-Claude MAILLY s’étonne de la tonalité des propos tenus le 3/02 au matin sur une radio par François CHEREQUE, Secrétaire Général de la CFDT, à l’encontre de FO.
"Être tendu ne justifie pas tout".
Autant le débat et l’expression de différences d’analyses et de positionnement est parfaitement légitime et nécessaire, autant la polémique est nuisible et l’invective à l’opposé du comportement d’un syndicaliste.
Sur le fond, pour FORCE OUVRIÈRE, ce sont les inégalités entre le capital et les salariés qu’il ne faut pas masquer et au contraire dénoncer. C’est l’injustice qu’il faut refuser, celle qui voudrait que les salariés payent les profits du système financier et les aides publiques massives aux banques. Refusant un recul des droits des salariés du privé comme du public, voulant répondre à tous les problèmes posés en matière de retraite, FORCE OUVRIÈRE axe ses propositions sur la question essentielle du financement, pénalisé par les politiques économiques et fiscales ainsi que par la crise.
Pour ne prendre qu’un exemple, la faiblesse moyenne de la retraite des femmes par rapport aux hommes s’explique par les écarts de salaire et de qualification ainsi que par les carrières hachées pour lesquelles la compensation en terme de cotisations est insuffisante ou inexistante.
Parce que nous ne sommes pas soumis mais révoltés, nous refusons de nous laisser enfermer dans une logique restrictive où ce sont les salariés qui devraient sans cesse subir des reculs de droits au prétexte qu’ils se partagent équitablement les sacrifices. L’individualisation des droits conduit toujours à la loi des plus forts et des plus riches laissant à la majorité les miettes en partage. C’est aussi pourquoi FORCE OUVRIÈRE a pris part à leur origine à la mise en place des régimes de solidarité collective et entend en défendre aujourd’hui encore le principe et l’existence.
Concernant la fusion des régimes public et privé, que FORCE OUVRIÈRE conteste parce qu’elle entend défendre le statut général de la Fonction Publique déjà gravement mis à mal, François CHEREQUE n’a jamais eu besoin que l’on s’exprime à sa place, et il n’est pas dans la pratique de FORCE OUVRIÈRE de travestir les propos des uns et des autres. Si la CFDT est contre la fusion, tant mieux, mais comment l’articuler avec un régime unique par points ?