Le porte parole de l’Inserm a annoncé que les méthodes de travail des expertises Inserm dans le domaine psychique seront prochainement revues.
Il y aura, notamment, prise en compte de la diversité des approches épistémologiques et pratiques, comme de l’expérience des acteurs de terrain et de l’apport des sciences humaines et sociales concernées par les problématiques considérées.
"La multidisciplinarité est une condition d’une démarche éthique et scientifique", a considéré M. J-C Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm.
M. J-M Danion, professeur de psychiatrie à Strasbourg, directeur de l’unité Inserm 666 et porte parole de l’Institut, précise même : "Désormais lorsqu’une expertise aura de fortes implications sociétales, comme celle-là, (études INSERM sur les trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent), nous demanderons aux professionnels de terrain de nous faire des propositions sur les noms d’experts à consulter. Puis, à l’issue de ce travail, mais avant sa publication, nos interlocuteurs y auront à nouveau accès, afin de ne pas donner l’impression d’un texte détenteur d’une réalité intangible.Il nous faut également rejeter toute approche sécuritaire, en étant d’une vigilance sans faille vis-à-vis des risques de récupération politique".
Commentaire FO :
C’est facile de se "repentir" maintenant que le mal est fait et de réinventer à postériori, les sages évidences méthodologiques qui s’imposaient.
On n’ose penser à ce qui ce serait passé si la résistance ne s’était pas organisée [1].
Certes, nous nous félicitons de la prise de conscience tardive de l’inserm, en espérant qu’elle est sincère et non opportuniste.
Car entretemps, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences et de la vie et de la santé (CCNE), saisi en avril 2006 par "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", a rendu public, un avis (n° 95 sur les "problèmes éthiques posés par des démarches de prédiction fondées sur la détection de troubles précoces du comportement chez l’enfant") où cet organisme déclare ne pas pouvoir "approuver une volonté d’inscrire la médecine préventive dans le champ de la répression, car cela conduit à considérer l’enfant comme un danger et le fait passer de facto du statut de victime à celui de présumé coupable".
Voilà un rappel à l’ordre bien utile et éclairé.
Il n’empêche que la loi sur la réforme de la protection de l’enfance du ministre BAS et celle sur la prévention de la délinquance du ministre candidat de l’intérieur (en cours d’adoption au Sénat), se sont largement fondés sur l’étude-alibi de l’Inserm, contestable et (suite à sa récente confession), valablement contestée.
Ces deux lois vont modifier le code de la santé publique, de l’action sociale et des familles, ainsi que le code pénal, dans le sens sécuritaire, en justifiant (donc à tort) de la détection précoce des troubles des conduites chez l’enfant dès le plus jeune âge.
Dans la loi de protection de l’enfance, il est toujours prévu un renforcement des mesures de détection précoce, ceci dès le 4ème mois pour les femmes enceintes et dès la sortie de la maternité, accompagné d’un renforcement des actions de prévention médico-sociale en faveur des enfants de moins de 6 ans, le tout organisé dans la perspective d’un renforcement de la répression contre les jeunes.
Et dans la loi de prévention de la délinquance, c’est le principe de minorité (d’âge) qui sera remis en cause, et alors que certaines peines pour les mineurs sont majorées.
Du rapport de l’Inserm, aujourd’hui renié, à ces deux lois autoritaristes, le présent comme l’avenir des Jeunes a été très mal engagé.